Pendant plusieurs années, le Portugal a attiré des milliers de retraités français avec une promesse simple : une pension française imposée à taux réduit, voire pas du tout, grâce au régime du résident non habituel (RNH). Cette promesse a pris fin le 31 décembre 2023. Un retraité qui envisage de s’installer au Portugal en 2026 doit désormais raisonner sur des bases fiscales très différentes de celles qui circulent encore sur de nombreux forums et guides non mis à jour.
Ce guide part de ce qui a réellement changé, puis couvre les démarches propres à un Français (aucun visa n’est nécessaire), la santé via le formulaire S1 et un budget réaliste pour une retraite au Portugal en 2026.
Ce qui a changé depuis la fin du RNH
Le régime du résident non habituel, qui exonérait largement les pensions de source étrangère pendant dix ans, a fermé aux nouvelles demandes fin 2023. Les retraités déjà inscrits avant cette date continuent d’en bénéficier jusqu’au terme de leurs dix années, mais aucune nouvelle demande n’est plus possible. Une taxation forfaitaire transitoire de 10 % sur les pensions étrangères a un temps circulé comme solution de remplacement, avant d’être elle-même remplacée par le régime IFICI à partir de 2025.
L’IFICI cible les professions qualifiées à haute valeur ajoutée (recherche, innovation, ingénierie, médecine, postes de direction) et ne couvre pas les pensions de retraite classiques, les revenus d’investissement passifs ou les dividendes. Concrètement, un retraité qui s’installe au Portugal aujourd’hui ne bénéficie plus d’aucune exonération automatique sur sa pension française, quelle que soit sa caisse de retraite d’origine.
Où votre pension est réellement imposée en 2026
La convention fiscale entre la France et le Portugal, signée en 1971 et modifiée par avenant en 2016, répartit le droit d’imposer selon le type de pension :
| Type de pension | Pays d’imposition | Taux applicable |
|---|---|---|
| Pension de la fonction publique française | France | Barème français |
| Pension de sécurité sociale (CNAV) et régimes complémentaires (AGIRC-ARRCO) | Portugal (pays de résidence) | IRS portugais, 14,5 % à 48 % (barème progressif) |
Cette répartition signifie qu’un retraité ayant cotisé principalement au régime général et aux caisses complémentaires du privé voit l’essentiel de sa pension basculer sous le barème portugais une fois résident fiscal au Portugal. Il perd ainsi l’exonération que le RNH offrait auparavant. Le calcul précis dépend de la situation individuelle : ce point mérite une simulation avec un fiscaliste connaissant les deux systèmes avant tout départ, pas une estimation générique.
Aucun visa nécessaire, mais les mêmes démarches que tout Français
Souvent présenté dans les guides anglophones comme « le visa retraite portugais », le visa D7 exige un revenu passif minimum d’environ 920 € par mois pour un candidat seul. Cette exigence ne concerne pas les Français : citoyens de l’Union européenne, ils s’installent librement au Portugal, retraités ou non, sans visa ni titre de séjour préalable. Passé 90 jours de présence, l’enregistrement de résidence à la mairie (Câmara Municipal) et l’obtention du certificat CRUE suivent exactement le même parcours que pour tout autre Français, détaillé dans notre guide général pour vivre au Portugal.
Le formulaire S1, sésame pour la santé
Le formulaire S1 (ancien E121, régi par le règlement CE 883/2004) est le document qui transfère la prise en charge santé d’un retraité français vers le système portugais, sans perte de couverture. La démarche suit un calendrier précis :
- Demander le formulaire S1 auprès de sa caisse de retraite française (CPAM ou MSA selon le régime), idéalement entre trois et un mois avant le départ. Le traitement prend en général quatre à huit semaines.
- Une fois reçu, l’enregistrer auprès de la Segurança Social portugaise.
- Se présenter ensuite au centre de santé (centro de saúde) local pour obtenir un numéro d’utente.
- Ce numéro donne accès au Serviço Nacional de Saúde (SNS) avec les mêmes droits qu’un assuré portugais dans le secteur public.
Beaucoup de retraités complètent cette couverture publique avec une mutuelle privée, généralement entre 120 et 180 € par mois et par personne selon l’âge et les garanties choisies, remboursant à la fois en France et au Portugal. Les délais de carence (jusqu’à 90 jours pour une hospitalisation, parfois un an pour le dentaire lourd) justifient de souscrire dès l’installation plutôt que d’attendre un besoin réel.
Combien coûte une retraite au Portugal
Un couple de retraités vit confortablement avec 1 400 à 1 900 € par mois dans une petite ville ou une zone rurale, logement inclus. Ce budget grimpe sensiblement à Lisbonne ou dans les secteurs les plus demandés de l’Algarve, où le logement a fortement augmenté ces dernières années. Notre guide sur le coût de la vie et les régions du Portugal détaille ces écarts région par région pour affiner ce budget selon votre destination.
Pourquoi l’Algarve reste la région la plus choisie
Plus d’un tiers des résidents français au Portugal sont retraités. L’Algarve concentre la plus grande communauté francophone du pays, avec une concentration particulièrement forte autour de Lagos. Le climat y compte pour beaucoup : plus de 300 jours de soleil par an, un facteur souvent cité en premier par les retraités eux-mêmes. La communauté française s’y organise notamment autour de l’Union des Français de l’Étranger (UFE Algarve), qui rassemble environ 1 500 membres à l’échelle du Portugal. Ce réseau facilite les démarches administratives comme la vie sociale une fois sur place.
Ce n’est cependant pas la région la moins chère : le logement en Algarve, en particulier près du littoral, se rapproche des niveaux de Lisbonne dans les zones les plus recherchées. Un retraité au budget plus serré trouvera un meilleur rapport qualité-prix dans l’intérieur des terres ou dans des villes secondaires du nord, au prix d’un accès moins immédiat à une communauté française établie.
Succession : un point souvent négligé avant le départ
Le Portugal applique un droit de timbre (Imposto do Selo) de 10 % sur les transmissions par succession ou donation, mais les conjoints, descendants et ascendants directs en sont totalement exonérés, y compris lorsqu’ils résident hors du Portugal ou possèdent une autre nationalité que la portugaise. Frères et sœurs, neveux, nièces ou partenaires non mariés, en revanche, ne bénéficient d’aucune exonération et supportent le taux plein. Cette taxe ne s’applique qu’aux biens situés au Portugal (immobilier, comptes bancaires, parts de société).
Un point utile pour un retraité qui achète un bien au Portugal : la loi portugaise permet de désigner, par testament, la loi successorale de son pays de nationalité plutôt que la règle portugaise de réserve héréditaire, ce qui redonne une liberté de répartition proche de ce qu’un Français attend par défaut. Ce choix se formalise avant le décès, pas après : une clause à examiner avec un notaire dès l’achat d’un bien, pas une fois la succession ouverte.
Avant de partir : la logistique du départ
Une fois la fiscalité et la santé anticipées, il reste à organiser le transport des effets personnels vers le Portugal. C’est souvent le poste le plus sous-estimé dans la planification d’un départ à la retraite. Pour les Français qui envisagent plutôt la Thaïlande, notre guide de référence pour prendre sa retraite en Thaïlande couvre les mêmes questions dans un cadre très différent, hors Union européenne.
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Foire aux questions
Ma pension française est-elle encore exonérée d’impôt si je prends ma retraite au Portugal ?
Non, plus depuis 2024. Le régime du résident non habituel (RNH), qui exonérait largement les pensions étrangères, a fermé aux nouvelles demandes fin 2023. Le régime qui l’a remplacé, l’IFICI (parfois appelé RNH 2.0), cible les professions qualifiées à haute valeur ajoutée (recherche, innovation, ingénierie, médecine) et ne s’applique pas aux pensions de retraite ordinaires. Un retraité qui s’installe au Portugal en 2026 ne bénéficie donc plus d’aucune exonération automatique sur sa pension française.
Où ma pension de retraite est-elle imposée si je vis au Portugal ?
Cela dépend du type de pension. Les pensions versées en contrepartie d’une fonction publique française restent imposables en France. Les pensions des régimes de sécurité sociale et des régimes privés (CNAV, AGIRC-ARRCO) sont imposables uniquement dans le pays de résidence, donc au Portugal si vous y résidez fiscalement, aux taux progressifs portugais de l’IRS, entre 14,5 % et 48 %.
Ai-je besoin d’un visa pour prendre ma retraite au Portugal en tant que Français ?
Non. Le visa D7, souvent présenté comme le visa retraite portugais, s’adresse aux ressortissants hors Union européenne. Un Français, citoyen de l’UE, s’installe librement et se contente d’enregistrer sa résidence à la mairie après 90 jours, exactement comme n’importe quel autre Français s’installant au Portugal, retraité ou non.
Comment obtenir le formulaire S1 pour la santé au Portugal ?
Le formulaire S1 (ex-E121) se demande auprès de sa caisse de retraite française, idéalement entre trois et un mois avant le départ, car son traitement prend généralement quatre à huit semaines. Une fois obtenu, il s’enregistre auprès de la Segurança Social portugaise, puis au centre de santé local, qui attribue un numéro d’utente donnant accès au SNS avec les mêmes droits qu’un assuré portugais dans le secteur public.
Combien coûte une retraite au Portugal pour un couple ?
Un couple de retraités vit confortablement avec 1 400 à 1 900 euros par mois dans une petite ville ou une zone rurale, logement inclus. Ce budget grimpe sensiblement à Lisbonne ou dans certains secteurs prisés de l’Algarve, où le logement a fortement augmenté ces dernières années. Une complémentaire santé privée ajoute typiquement 120 à 180 euros par mois et par personne à ce budget.
Pourquoi l’Algarve reste-t-elle si populaire chez les retraités français ?
L’Algarve concentre la plus grande communauté francophone du Portugal, avec une forte concentration à Lagos, et bénéficie d’un climat doux, plus de 300 jours de soleil par an. Plus d’un tiers des résidents français au Portugal sont retraités, et une grande partie choisit cette région pour son climat, sa communauté déjà établie et son accès aux soins, malgré un coût de la vie plus élevé que l’intérieur du pays.
Sources (pour vérification)
- Fidal, le régime des résidents non habituels sous pression en France et au Portugal : Fidal : RNH sous pression
- BforBank, la fin de l’eldorado fiscal pour les retraités français au Portugal : BforBank : fin de l’eldorado fiscal
- Capitone, obtenir le formulaire S1 (ancien E121) : Capitone : formulaire S1
- Global Citizen Solutions, guide du visa D7 portugais 2026 : Global Citizen Solutions : visa D7
- Capitone, la mutuelle des retraités français au Portugal : Capitone : mutuelle retraités
- Our Home Portugal, la communauté française en Algarve : Our Home Portugal : communauté française en Algarve
- Immoabroad, droit des successions et fiscalité au Portugal pour étrangers : Immoabroad : succession Portugal étrangers
